Le mercredi 21 février 2007
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La pierre tombale ne suffit plus à laisser un
souvenir derrière soi après la mort. Aujourd'hui, les salons
funéraires offre un service de vidéo-mémoire. Photo Ivanoh
Demers, La Presse
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Moi, ma vie, mon oeuvre
Anabelle Nicoud
La Presse
Collaboration spéciale
Explosion du nombre de blogues consacrés à soi, à ses
voyages ou sa progéniture, documentaires vidéo sur sa vie,
autobiographies. La tendance à se regarder le nombril se porte plutôt bien
en ce moment.
«Toute ma vie, tu le sais, j'ai cru aux esprits. Maintenant
que je ne suis plus là, attends-toi à avoir de la visite.» Bande-annonce
du dernier film d'épouvante hollywoodien? Promesse de vengeance
post-mortem? Pas du tout : c'est de vidéo-mémoire dont il
s'agit.
Vidéo-mémoire? Le principe est simple. «C'est une vidéo
réalisée sous forme d'entrevue. La personne raconte son cheminement, sa
vie. Son village, sa rencontre avec l'époux, etc.», explique Johanne
Cadieux, directrice des communications graphiques à la maison montréalaise
Alfred Dallaire Memoria.
Documentaire conjugué à la première
personne du singulier, le vidéo-mémoire vous permet de vous rendre hommage
après votre mort. Apparus au tournant des années 2000, la vidéo-mémoire et
autres hommages photos sont devenus aujourd'hui presque aussi
incontournables que les fleurs lors des cérémonies funéraires et
enterrements.
Pictures in Motion, une compagnie ontarienne de London,
s'est même spécialisée dans la fabrication de documentaires vidéo ou
photos, pour les particuliers et les salons funéraires.
En 1997, le
fondateur de Pictures in Motion, Dick Jaekel, a perdu son père. Il a alors
réalisé que cela pouvait être une idée de faire quelque chose avec des
photos. «Nous sommes l'un des leaders sur ce marché en Amérique du Nord»,
dit Amy Mahon, directrice artistique de Pictures in
motion.
Spontanément pourtant, les candidats à l'autoglorification
ne se bousculent pas au portillon. «Les gens ont peur que cela soit
kitsch. Mais quand je montre aux familles un démo de montage de photos,
ils visualisent et voient ce que cela peut apporter : des larmes. C'est ça
aussi la célébration de la vie de la personne», estime Bridget Fetterly,
présidente du salon funéraire Kane & Fetterly.
Narcissique ?
Rien qu'un peu. «On assiste à des tentatives de réappropriation du sens de
la mort. Mais ce n'est pas un rituel en soi. C'est sur une base
individuelle, et non plus collective, que la personne orchestre son
enterrement», croit Sébastien St-Onge, sociologue et auteur de L'industrie
de la mort, publié en 2001 aux éditions Nota Bene. «On peut voir dans ces
pratiques une potentielle manifestation du narcissisme, en ce sens que le
vivant veut par là affirmer sa singularité», poursuit-il.
Série sur les immigrants
Les maisons funéraires ne sont pas les seules à
s'intéresser aux vidéos sur vous et votre vie. David Lacopo, artiste
montréalais et producteur de
«On essaie de pousser l'idée et partir une série sur les
immigrants qui racontent leur histoire. C'est une perspective de la vie»,
dit-il.
Pourtant, les productions LWY n'ont pour l'instant réalisé
qu'un documentaire dans le registre, consacré à la vie de Nicola
Iacovelli, Il Mio Ricordo. Récompensé lors du festival de film
Quintus de Montréal, l'initiative a surtout séduit la famille de la
vedette du documentaire. «La famille a trouvé ça génial, c'est comme un
cadeau. C'est magnifique pour eux. Il n'y a pas de mots pour expliquer
cela», dit-il.
L'autobiographie rêvée
L'autobiographie suscite plus d'engouement et nettement
moins de réserves. Vous rêvez de raconter votre vie ? Les Éditions
Francine Breton, de Montréal, peuvent vous aider à mettre en mots,
produire et lancer votre autobiographie. Depuis 1996, la maison d'édition
s'est établie dans le marché peu concurrentiel des livres de type «je, me,
moi».
«De plus en plus, il y a un intérêt pour les biographies.
C'est sûr que toutes les biographies ne sont pas publiables, mais nous, on
travaille sur la qualité», dit la fondatrice des Éditions Francine
Breton.
Le coût de l'opération peut varier de plusieurs milliers de
dollars. «Les gens peuvent être ordinaires et avoir des vies
extraordinaires. Peut-être pas dans les faits, mais beaucoup plus dans les
réflexions», poursuit-elle.
La motivation des clients-auteurs ?
«Ils rêvent d'être publiés et de laisser une trace», dit Mme
Breton.
La motivation des lecteurs reste en revanche nettement plus
obscure. Enfants, petits-enfants et entourage constituent la majorité du
lectorat de ces autobiographies. «C'est du monde ordinaire et les gens
veulent lire des biographies sur du monde ordinaire et pas sur Dominique
Michel. Ces gens-là, ce qu'ils écrivent, c'est du gros bon sens»,
explique-t-elle.
Acheter la célébrité
Et si vous préférez accéder à la célébrité plus qu'à la
postérité, vous pouvez toujours débourser quelques dizaines de milliers de
dollars pour que votre nom devienne celui d'un personnage de roman bien en
vue. Aux États-Unis, l'organisme politique First Amendment Project (FAP) a
ramassé 120 000 $, l'an dernier, en misant sur l'attrait de la postérité
des Américains.
Pour financer l'un de leurs projets, le FAP s'est
associé à des écrivains tels que Stephen King. Devenir un personnage du
prochain roman de Stephen King aura coûté près de 25 000 $ à Pam Huizenga
Alexander, qui a offert à son frère Ray ce passage à la gloire. Face au
succès, les enchères ont été renouvelées cette année avec des écrivains
tels que John Lescroart, Carl Hiaasen, Elinor Lipman, Francine Prose and
Edward P. Jones.
Quant à savoir si les lecteurs retiendront, eux,
tous les noms des personnages secondaires qui peuplent les pages d'un
roman, c'est une autre histoire.